En mai 2025, Jean-Paul Dubois, expert Veoliaforce issu d'Epur (Veolia Eau), est parti en mission avec l'ONG Experts-Solidaires. Il a passé une semaine en Cisjordanie pour diagnostiquer deux stations d’épuration (STEP) situées à Kharas et Tayassir, deux infrastructures au cœur d’un projet visant à réutiliser les eaux usées traitées à des fins agricoles.
Témoignage sur la REUT en Cisjordanie : « une question de survie » pour Jean-Paul Dubois.
Sur quel projet avez-vous été missionné ?
Jean-Paul Dubois : L’ONG Experts-Solidaires mène un projet ambitieux : dans un contexte d’accès contraint à l’eau, la réutilisation des eaux usées doit permettre leur utilisation en agriculture. Or sur la REUT, il se trouve qu’on a une quarantaine de références chez EPUR. Donc on pouvait leur être utile.
Vous connaissiez déjà l’ONG Experts-Solidaires avant cette mission ?
J.-P.D. : Il y a deux ans, Experts-Solidaires était venu visiter notre station d’épuration de Narbonne-Plage et en particulier le projet de REUT, assez précurseur, Irri-Alt’Eau (voir encadré). On a beaucoup échangé à cette occasion, d’autant que je connais le secteur humanitaire. Avant de prendre la tête d’Epur, filiale de Veolia Eau, j’ai passé cinq ans au CICR, le Comité international de la Croix-Rouge, qui m’a missionné sur des sujets d’accès à l’eau au Sud Soudan, aux Philippines puis en Irak. L’échange amorcé, je les ai orientés vers la fondation Veolia, que je savais être le bon interlocuteur chez nous pour organiser du mécénat de compétences.
En quoi votre mission a-t-elle consisté ?
J.-P.D. : A Tayassir, la REUT est déjà engagée, ils souhaitent la déployer plus largement. A Kharas, le contexte n’est pas le même : l’infrastructure souffre d’une construction perfectible. Mais sur les deux sites, la motivation des équipes est bluffante. Je n’ai passé qu’une petite semaine sur place, mais 6 jours… utiles ! La très bonne préparation d’Experts-Solidaires a permis de répondre à beaucoup de questions et d’envisager la suite.
C’est-à-dire ?
J.-P.D. : Les audits menés ont mis en évidence plusieurs points : des sujets d’infrastructures, et donc de travaux à mener sur site ; la nécessité d’améliorer la conduite de station et donc de former les personnels ; enfin, des autorisations qu’il faut encore obtenir pour le site de Kharas.
Des autorisations… administratives ?
J.-P.D. : Les territoires sur lesquels on opère peuvent relever, entre la Step et les espaces mis en culture, des zones A, B ou C, soit autant de modes de gouvernance différents entre l’Autorité palestinienne et les pouvoirs publics israéliens. Chez nous, la REUT, c’est territorial. En Cisjordanie, ça devient géopolitique. Et pour les populations locales, c’est surtout une question de survie.
Vous continuez à suivre le projet ?
J.-P.D. : Oui ! Avec Experts-Solidaires, on se projette sur la formation, sans doute en France, des personnels des stations de Kharas et de Tayassiret. Je repartirai bien mais une mission sur place paraît pour le moment compliquée. A vrai dire, je ne pensais pas que ça m’avait tant manqué.
Les actions menées lors de cette première mission
- Un diagnostic technique complet des deux STEP a été mené pour identifier les leviers d’amélioration du traitement ;
- Des recommandations concrètes ont été formulées pour stabiliser la qualité de l’eau et permettre sa réutilisation sécurisée en agriculture ;
- Un travail étroit avec les techniciens locaux a été engagé dans une logique de transfert de compétences durable.
Un projet soutenu par une pluralité d’acteurs, notamment français
Cette mission Veoliaforce s’inscrit dans le cadre du projet "Gestion Intégrée de la Ressource en Eau et Amélioration des conditions de vie des ménages ruraux en Cisjordanie", financé par l’Agence française de développement (AFD), l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, la région Occitanie et la collectivité de Montpellier. Ce projet est mis en œuvre en partenariat avec la commune de Les Mees (France), le Joint Service Council de Nord Hébron, la Water Utility de Toubas et l’ONG palestinienne Al ARD.
Le projet Irri-Alt'Eau
Le projet exploite l’eau déjà traitée par la station d’épuration de Narbonne-Plage, située à proximité du vignoble. Deux conteneurs filtrent une seconde fois l’eau et la traitent contre les bactéries. L’eau est ensuite distribuée dans un réseau de canalisation de sept kilomètres. Quarante hectares de vigne sont raccordés au système de goutte à goutte. Treize mini-bornes redistribuent l’eau traitée dans les parcelles de vignes grâce à une application qui permet un pilotage à distance du dispositif. A terme, 80 hectares seront concernés.
Source : Ministère de l’agriculture